Michael Best (Bundesbank, Mondérateur), Yves Mersch, Anne Le Lorier, Carl-Ludwig Thiele

Allemagne : Euro-Exposition à Sarrebruck

À l’initiative de la Banque centrale européenne (BCE), la Bundesbank et la Banque de France, une cinquantaine d’étudiants français et allemands se sont rendus, mercredi 15 janvier, au siège de la Bundesbank à Sarrebruck pour un débat suivi de l’ouverture de l’exposition « Le nouveau visage de l’euro ».

Dans un contexte économique instable, et malgré une monnaie forte, ce n’est (plus seulement) l’inflation qui fait peur. Un nouveau fléau se dessine à l’horizon économique européen : la déflation, l’inverse de l’inflation monétaire. Mercredi 15 janvier, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), pointait « un risque croissant de déflation, qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la reprise » lors d’une conférence de presse à Washington.

L’inflation de la zone euro était à 0,8% pour le mois de décembre, ce qui est bien en dessous des 2% que prévoient les traités, mais plus forte que l’inflation de novembre, qui était de 0,7%. La déflation n’est pas à confondre avec la désinflation, qui est une réduction du taux d’inflation. Un ralentissement de l’inflation est bénéfique dans un premier temps, favorisant le pouvoir d’achat par l’augmentation des salaires réels. Mais, elle peut avoir des conséquences néfastes si elle tourne en déflation, réduisant consommation et investissements, et portant ainsi atteinte à la timide reprise que connaît l’économie européenne.

Ce n’est pas sans ironie involontaire, alors, que Yves Mersch, membre du directoire de la Banque centrale européenne, aborde ce sujet justement en Allemagne, un pays toujours profondément traumatisé par ses périodes d’hyperinflation historiques. Même s’il ne voit pas de « risque de déflation imminent », l’augmentation des prix devrait rester faible « pour une période prolongée ». C’est ce qu’il a exprimé mercredi 15 janvier lors d’un débat au siège de la Bundesbank à Sarrebruck.

La politique de la BCE serait néanmoins symétrique, pour lutter contre inflation et déflation, affirme-t-il. Nombre d’économistes reprochent pourtant à la BCE d’agir trop lentement contre ces risques de déflation. En réponse à une question d’un étudiant allemand soulevant une politique monétaire excessive, Carl-Ludwig Thiele, membre du directoire de la Bundesbank, souhaite rappeler que « l’inflation est largement inférieure à ce qu’elle était au temps du Deutsche Mark ». Anne Le Lorier, premier sous-gouverneur de la Banque de France, également présente à l’événement, ajoute que depuis la création de l’euro, l’inflation annuelle est en moyenne à 1,9%, et donc « pas très loin de notre but » de 2%.

L’exposition ouverte ce jour est, de plus, une des premières occasions pour voir le nouveau billet de 10€ qui sera mis en circulation en septembre 2014. La série « Europa » est conçue autour de l’image de la déesse Europe, ainsi que de monuments fictifs rappelant les grandes périodes de l’histoire européenne. M. Mersch, qui avait déjà l’occasion d’inaugurer l’exposition itinérante dans sa fonction de président de la Banque centrale luxembourgeoise, remarque que « la ville frontalière de Sarrebruck, située au cœur de l’Europe, me paraît des plus appropriées pour accueillir une exposition consacrée à notre monnaie unique ». « La popularité de notre monnaie crée aussi de la convoitise auprès des bandes criminelles », déclare M. Thiele, et rappelle les efforts engagés par les banques centrales de garantir une monnaie de qualité, à l’abri de la contrefaçon.

L’exposition, qui a déjà fait halte dans 18 villes de 12 pays membres au cours des 6 dernières années, accueille les visiteurs jusqu’au 31 mars 2014 à Sarrebruck.

Une « crise exceptionelle », un défi pour la paix

« Une réponse à la crise par la politique monétaire uniquement est, et sera insuffisante. Elle doit être complétée par des réponses dans d’autres domaines », explique Yves Mersch, aux étudiants venus de Trèves, Sarrebruck, Nancy et Metz. Pour répondre à la « crise exceptionnelle », la BCE, par des outils conventionnels et non conventionnels, a pu stabiliser la situation : « Les banques regagnent leur accès aux marchés, et nous souhaitons que ces signes de reprise s’établissent de manière plus durable », dit M. Mersch. Néanmoins, le banquier central admet certaines lacunes : « au niveau national, l’ajustement doit se faire par des réformes structurelles, et au niveau européen le cadre institutionnel ne comporte pas ce qui est nécessaire pour la zone euro ». Il appelle notamment à la création d’un fonds unique pour l’Euro, une autorité centrale et un système européen de liquidation des banques.

Mme Le Lorier rappelle dans son discours la cause profonde de l’introduction de l’Euro : « une des valeurs les plus précieuses que nous partageons est la paix. » La politique monétaire serait, pour elle, un système fédéral, pour lequel « la culture allemande a montré le chemin ». Pour les prochaines années, elle appelle à l’union bancaire et à une discipline macroéconomique, pas seulement budgétaire. « La dette excessive est quelque chose qui n’est pas soutenable », dit-elle dans les locaux de la Bundesbank allemande, et ajoute : « la force de l’Euro est surprenante vu les pronostics plus positifs pour les États-Unis ».

« Quand une monnaie s’effondre, l’État n’est plus stable et les extrémistes et la guerre ne sont pas loin » formule-t-elle une mise en garde contre l’effondrement de la monnaie unique.

Publié le 15 janvier 2014 dans
Le Journal International